Ce lundi, je me suis fait opérer

“Que peux-t-on apprendre d’un accident de vie ?”

Ce lundi, je me suis fait opérer. J’attendais cet événement depuis un moment.

Tout a commencé par un après-midi de ski avec un ami, le jeudi 14 janvier 2010.

Nous avons tous des dates qui nous marquent dans notre vie. Et celle-ci est gravée en moi.

Le temps est gris. Les nuages sont hauts. Il a neigé ces derniers jours. La neige doit être bonne. Nous devrions pouvoir faire de belles descentes.

J’ai la chance d’habiter Grenoble. Un choix que j’ai fait d’y vivre lorsque j’avais 22 ans. En 30 à 45 minutes nous sommes dans une des stations de ski que je préfère dans la région – les 7 Laux.

Cela faisait peut être 2 ans que je n’avais pas skié.

Et oui, on a beau habiter Grenoble – malgré la croyance populaire – tous les grenoblois ne skient pas tout le temps, ni tous les week-ends et même certains n’ont jamais skiés de leur vie.

Cela fait plus de 3 heures que nous dévalons les pentes.

Je sens la fatigue arriver. Mais je ne veux pas laisser mon ami.

Je prends sur moi pour faire une des dernières descentes. Une dernière descente de trop qui fut fatale – malheureusement comme trop souvent.

Notre corps nous donne des signaux pour nous prévenir. Et bien trop souvent nous ne les écoutons pas !

Les 7 Laux - Sortie Télésiege du Lac
Les 7 Laux – Sortie Télésiege du Lac. Ce jour-là, le temps n’était pas si ensoleillé.

A peine descendu du télésiège, on entame la descente d’une piste rouge. Mon ami passe devant. Je le suis. La piste n’est pas si difficile. Le temps commence à se gâter. Un vent frais et violent se met à souffler le long de la paroi. Premier grand et large virage. La neige est balayée. Elle laisse la place à un terrain bien damé, bien tassé, bien verglacé. Je n’aime pas ça. Je suis fatigué. J’y vais doucement. Pourtant je dois prendre de la vitesse pour récupérer une piste qui monte légèrement plus haut sur la gauche.

Je me positionne face à la pente. Je me laisse glisser. Je glisse… je glisse vraiment…. sur une plaque de verglas. Mes pieds se croisent. Mes vieux Snowblades se croisent aussi.

Je perds l’équilibre. Je n’arrive pas à redresser. Mes pieds s’emmêlent. Et crack ! Ni une ni deux, ma jambe gauche fait levier.

« Black Out » de quelques centièmes de secondes

Dans un moment pareil, c’est comme si vous faisiez un arrêt sur image avec un ralenti. Cela paraît une éternité – j’exagère beaucoup – et pourtant c’est une fraction de secondes.

Je me retrouve à terre dans l’incapacité de bouger. Le moindre mouvement me fait mal. Je reste couché sur la pente. Il fait froid. Un vent glacial souffle. Un mélange de pluie et de neige tombe sur mon visage. Je souffre. J’ai mal et je sais que je me suis cassé quelque chose. Cela ne fait aucun doute.

Rapidement, 2 ou 3 personnes me portent secours. Une est partie prévenir les pisteurs-secouristes. L’autre reste près de moi. Je sens mon téléphone vibré. C’est mon ami qui est parti devant moi qui m’appelle. Je n’ai pas encore attrapé mon téléphone. Il est dans la poche gauche intérieure de mon blouson. Je sais que c’est mon ami qui essaye de me joindre. Il doit se demander où je suis.

J’essaye de bouger le minimum. Le moindre mouvement même de la main entraîne une douleur effroyable. Et pourtant seule ma jambe gauche est touchée.

Je dois le prévenir. C’est la première chose à laquelle je pense.

J’enlève un de mes gants. Je me tourne doucement en évitant de bouger le bas de mon corps. Finalement j’arrive à attraper mon téléphone. Je tape les 4 chiffres de mon code sur l’écran tactile. J’ai déjà les doigts gelés. Je l’appelle et je lui explique la situation en le rassurant, en minimisant mon état. Je ne veux pas l’inquiéter. Je ne veux pas qu’il prenne des risques pour me rejoindre.

C’est assez amusant quand j’y pense. Je suis allongé par terre sur la piste glacée avec une jambe en “compote”. Mon champ de vision se résume à un petit carré blanc car j’ai mon visage à quelques centimètres du sol. Et la première chose que je fais c’est de rassurer mon ami.

Je raccroche. Range mon téléphone. Remets mon gant. Et attends avec une réelle impatience les secours – alors que d’ordinaire, je suis plutôt très patient.

Aucune notion du temps, cela fait 5, 10, 15 ou 20 minutes que j’ai chuté. Je ne sais pas. Dans ce moment-là, je n’ai qu’une envie c’est que l’on me porte secours.

Les pisteurs-secouristes arrivent. Me prennent en charge. Enfin, je vais aller mieux.

Barquette de secours - ski
Un traîneau orange pour être bien vu dans la neige

Youpi, je vais descendre en barquette. Vous savez ce sont les traîneaux avec une bâche orange pour bien les voir dans la neige. Cool, je vais vivre une nouvelle expérience. Je ne dis pas que j’en ai toujours rêvé. Bien loin de moi cette idée. Mais l’idée de descendre dans une barquette me plaît. Je pourrai dire que je l’ai fait au moins une fois dans ma vie. Mais je ne souhaite vraiment pas le refaire. Car avec des os brisés, la descente est affreuse. Aucun plaisir. Aucune sensation d’excitation. Chaque petite bosse, chaque petit trou, minime qu’il soit, je le ressens dans ma jambe. Et j’imagine que cela doit être la même chose en pleine forme, le dos, les fesses doivent prendre pour leur grade.

Le message est clair dans mon cerveau : douleur, douleur et douleur.

La descente me semble interminable.

Je la connais cette piste pour l’avoir dévalée plus d’une fois. Je connais ses défauts. J’ai l’impression que le temps est multiplié par deux, par trois.

Ah vivement un lit douillet. Vivement la fin de cette douleur. Vivement l’arrivée à l’hôpital…

Justement ce lundi, j’étais à l’hôpital. Je me suis fait opérer.

Une opération qui consiste à enlever le matériel que j’ai dans ma jambe depuis près de 21 mois, après ce « fameux » accident de ski. Deux jolies plaques avec des vis pour consolider ma fracture du tibia et de la malléole externe. Le péroné qui a aussi été cassé par deux endroits c’est réparé tout seul comme un grand et sans soutien extérieur.

Plaques jambe gauche 290610
Ame sensible s’abstenir de regarder. Mes deux jolies plaques.

Nous sommes lundi matin. Il est à peu près 9h du matin. Je suis allongé sur la table d’opération. Je suis toujours conscient. J’arrive sous les “projecteurs” de la salle d’opération. Je n’ai vraiment pas l’impression de vivre la même chose que la première fois. Et pour cause, à l’époque, j’avais été endormi dans un sas avant la salle de préparation.

L’anesthésie générale commence à faire effet. Je me sens partir… dans un sommeil profond, artificiel, agréable. C’est un lâcher-prise total.

Il est midi lorsque le brancardier me remonte dans ma chambre.

Je me réveille. Je me rendors. Je me réveille. Je me rendors… et cela pendant près de 20h.

Le moment où j’ai été le plus “éveillé” a été pendant le repas du lundi soir. Au même moment où mon ami venait me rendre visite accompagné d’un autre ami. Je dormais. Je mangeais. Je parlais. Je divaguais. Je m’endormais.

Aujourd’hui, je vous raconte cette histoire pour deux raisons.

Les deux moments passés à l’hôpital ont été des moments très importants dans ma vie. Le premier séjour après l’accident a duré 6 jours, le second séjour, un peu moins de 2 jours.

Le premier séjour, j’ai pris conscience d’un moment important dans ma vie.

J’ai pris conscience que je prenais une direction qui ne me convenait pas

A l’époque, je voulais ouvrir un bar à thème. J’étais motivé. J’avais suivi une formation de Créateur d’Entreprise. J’ai visité des bars. Mon projet prenait forme mais doucement. Trop doucement ! Je me donnais bonne conscience en effectuant certaines démarches. Mais à force de “traîner la patte”, mon corps (physique et esprit) a dit stop ! Il m’a donné l’opportunité de faire un « break » ! De réfléchir sur moi-même, sur ma vie personnelle, sur ma vie professionnelle.

J’ai réellement et sincèrement pris cet accident comme une opportunité, comme une chance pour faire le point, comme une main tendue de l’Univers (de Dieu pour les croyants). Cela m’a permis de prendre conscience que je n’étais pas dans la direction qui me convenait, que je prenais un chemin qui ne me permettait pas d’avancer, de progresser, de m’enrichir en tant qu’Etre.

J’ai souvent dit :

A force de traîner la patte, et bien, je me la suis cassée.

A force de traîner la patte = à force de traîner dans la réalisation et la concrétisation de mon projet.

Je me la suis cassée = physiquement mon corps a mis un terme à une situation qui depuis longtemps tentait de me faire passer le message d’arrêter. Je ne l’ai pas écouté. Je me voilais la face.

Savoir s’écouter et prendre du recul… avant qu’il ne soit trop tard

C’est la première chose que j’ai retenu. Savoir s’écouter et prendre du recul… avant qu’il ne soit trop tard.

Vous savez il y a deux catégories dans le monde. Il y a les réactifs et les proactifs.

Les réactifs agissent par rapport à leur environnement de cette manière : c’est à cause de la société, de mon éducation, de mes parents, de là où je vis, de la pluie, du beau temps ou de je-ne-sais-quoi qui font que j’en suis là. Ils se déresponsabilisent. Ce n’est pas moi. Ce sont les autres. Ils fonctionnent par automatisme et sont sous pression extérieure.

Les proactifs agissent également par rapport à leur environnement. La grande différence c’est que le proactif se dit : que les choses arrivent par rapport à moi. Il est le premier responsable de sa vie. J’agis en fonction de ce que j’ai. Sa façon de penser lui permet d’être acteur de sa vie et non spectateur subissant ce qu’il entoure. Il anticipe, prend des initiatives. Il est flexible lui permettant d’avoir plus de choix. Il agit en cohérence avec ses valeurs et son choix de vie.

Nous sommes beaucoup plus complexes que toutes les théories qui nous décrivent.

Formateur en PNL – Programmation Neuro-Linguistique – Paul Pyronnet

Je tends à être un proactif, tout comme à développer ma pensée positive et à vivre ici et maintenant.

J’en viens à ce que j’ai appris de mon deuxième séjour à l’hôpital.

Vivre ici et maintenant, c’est vivre au présent

Un séjour en soi banal pour une opération courante et présentant peu de danger mais pas tant que ça si vous saviez. Cela fait un moment que j’ai pris conscience que vivre ici et maintenant c’est vivre au présent. C’est par exemple :

Je pense à ce que j’écris, et mes doigts dictés par mes pensées et mon cerveau appuient sur les touches du clavier de mon ordinateur pour sortir lettre par lettre, mot par mot, des phrases. Et en même temps, c’est vous qui êtes assis devant votre écran d’ordinateur lisant cette phrase à ce moment même. Vous êtes conscient de ce que vous lisez. En même temps vous sentez votre respiration calme et reposée, concentrée. Vous êtes bien car vous êtes ici même.

J’étais assis dans mon lit d’hôpital après l’opération. Au moment où j’ai pensé être où j’étais. J’avais mal à la jambe. Imaginez, il faut bien passer par un endroit pour enlever le matériel que j’avais dans la jambe. Heureusement, le chirurgien a fait un beau travail et est passé au même endroit que la toute première fois. Deux belles cicatrices. Une ouverture pour l’une de 25 cm de long et pour l’autre de 8 cm. Malgré tout le soin apporté et les médicaments pour calmer la douleur, cela fait quand même mal. Un lit trop petit pour mon 1 mètre 85. Une envie de bouger. Mais entre la perfusion et les redons, je reste cloué au lit.

Et là, je peux vous assurer que j’avais aucune envie de vivre ici et maintenant, de vivre ce moment présent. C’est bien beau de faire un blog dont le nom est Vivre Ici et Maintenant. C’est une partie de ma philosophie de vie.

Mais là, je dis NON.

C’est ok que je le vive quand ça va bien où que je ne suis pas touché directement par une douleur ou une souffrance physique mais je ne suis pas d’accord de vivre au présent cette douleur.

Cependant, en toute connaissance de cause, vivre ici et maintenant, c’est accepter ce qui est. C’est accepter de vivre à l’instant même. C’est d’être là maintenant à ce moment présent.

Vous savez que le présent a pour synonyme cadeau. Ainsi, le présent est le plus beau cadeau de la vie.

Alors je dis OUI pour VIVRE ICI ET MAINTENANT.

Vivre Ici et Maintenant


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